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L’article 215, alinéa 3 du Code civil : un rempart pour le logement familial

  • Photo du rédacteur: Coralie Daven
    Coralie Daven
  • 7 févr.
  • 3 min de lecture

Que dit l’article ?


« Les époux ne peuvent, l’un sans l’autre, disposer des droits par lesquels est assuré le logement de la famille ni des meubles qui en garnissent le logement. »


Derrière cette formule solennelle du Code civil, se cache une règle de protection du logement familial, applicable quelle que soit la nature du bien (propriété exclusive, bien commun, bien indivis…).


Une protection absolue du "toit conjugal"


Cette disposition s’applique dès lors que deux personnes sont mariées, peu importe le régime matrimonial, et sans considération de la qualité de propriétaire de l’un ou l’autre.


Exemple : Monsieur est seul propriétaire d’un appartement. Ce bien lui appartient en propre, car il l’a acheté avant le mariage. Mais si ce bien constitue le logement de la famille, il ne peut pas le vendre, le donner, ou même le louer sans l’accord exprès de son épouse.


Le but de cette règle ? Éviter qu’un époux puisse, sans l’autre, priver sa famille du toit sous lequel elle vit.


Un consentement nécessaire… à peine de nullité !


La sanction en cas de non-respect est l’annulation de l’acte (vente, donation, hypothèque, etc.). Il ne s’agit pas d’une simple irrégularité : l’acte est frappé de nullité, à la demande du conjoint lésé.


Attention : cette action doit être exercée dans l’année où le conjoint a eu connaissance de l’acte ou dans l’année où il n’a plus été possible de s’y opposer (ex : déménagement, divorce…).


Quels actes sont visés ?


  • La vente du logement

  • La donation

  • La constitution d’une hypothèque

  • L’échange

  • La résiliation du bail d’habitation (si le logement est loué)


Ce qui est protégé, ce n’est pas seulement la propriété, mais le droit d’usage du logement familial.


Et si le logement est loué ?


Si l’un des époux est seul titulaire du bail, il ne peut pas donner congé au bailleur sans l’accord exprès de l’autre.


Exemple classique : un époux donne congé au bailleur pour vendre ou reprendre le logement, sans prévenir l’autre. Ce congé est invalide, sauf s’il a été notifié par les deux conjoints.


Et les meubles ?


La loi protège aussi les meubles meublants du logement familial (canapé, lit, table, etc.) dès lors qu’ils garnissent effectivement le logement.

Un époux ne peut donc pas, seul, vendre ou déplacer des meubles essentiels du foyer sans l’accord de l’autre.


Et si les époux sont séparés ?


La protection cesse si le logement n’est plus le logement de la famille.


Autrement dit :

  • En cas de séparation de fait (avec preuves)

  • Après un jugement de divorce ou de séparation de corps

  • Ou si le logement n’est plus effectivement occupé par la famille


Mais tant que le logement reste le domicile conjugal, la protection demeure.


Ce qu’il faut retenir

Situation

Accord de l’autre conjoint requis ?

Vente du logement de la famille

✅ Oui

Résiliation du bail de la résidence principale

✅ Oui

Hypothèque sur le logement

✅ Oui

Vente d’un bien personnel non utilisé comme logement familial

❌ Non

Vente d’un meuble meublant de la maison

✅ Oui

Vigilance pratique


  • Notaires, agents immobiliers, avocats : vérifiez toujours le statut marital du vendeur et l’usage du bien.

  • Demandez systématiquement l’état civil complet et posez la question : « Le bien est-il utilisé comme résidence principale du couple ? »

  • En cas de doute, exiger les deux signatures.


En conclusion


L’article 215, alinéa 3 du Code civil est une clause de sauvegarde du droit au logement dans le mariage.

Il interdit à un époux de mettre en péril l’équilibre familial par une décision unilatérale, même sur un bien qui lui appartient en propre.


En pratique, il impose une coparticipation obligatoire pour toute décision majeure affectant le toit conjugal.



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