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Peut-on transmettre un patrimoine… à son animal ?

  • Photo du rédacteur: Coralie Daven
    Coralie Daven
  • 30 juin
  • 3 min de lecture

Ce que révèle l’affaire Choupette, la célèbre chatte de Karl Lagerfeld


À la mort de Karl Lagerfeld, un nom a immédiatement attiré l’attention des médias du monde entier : celui de Choupette.

Sa chatte birmane, devenue une véritable célébrité sur les réseaux sociaux, faisait partie intégrante de son quotidien. Le couturier évoquait régulièrement son attachement profond à l’animal, allant jusqu’à déclarer qu’elle était “l’héritière” de sa fortune.

Mais juridiquement, une question se pose :un animal peut-il réellement hériter ?

En droit français, la réponse est non. Et pourtant… plusieurs mécanismes permettent indirectement d’assurer la protection matérielle d’un animal après le décès de son propriétaire.



Un animal ne peut pas hériter en droit français


Depuis la loi du 16 février 2015, les animaux sont reconnus dans le Code civil comme des “êtres vivants doués de sensibilité”.

Cette évolution a marqué un tournant symbolique important. Mais juridiquement, l’animal ne possède toujours pas la personnalité juridique.


Autrement dit :

  • un chien,

  • un chat,

  • ou tout autre animal domestique, ne peut pas être héritier d’une succession.


Il ne peut :

  • ni recevoir un legs,

  • ni devenir propriétaire d’un bien,

  • ni ouvrir un compte bancaire,

  • ni gérer un patrimoine.

En pratique, si un testament prévoit directement :“Je lègue ma maison à mon chien”, la disposition serait juridiquement inefficace.


Alors comment protéger son animal après son décès ?


Même si l’animal ne peut pas hériter lui-même, plusieurs solutions existent pour organiser concrètement sa prise en charge.


Le legs avec charge : la solution la plus utilisée


La technique la plus fréquente consiste à désigner un héritier ou un légataire chargé de prendre soin de l’animal.


Par exemple :

  • une somme d’argent peut être léguée à une personne,

  • à condition qu’elle conserve et entretienne l’animal.


Le testament peut alors prévoir :

  • le lieu de vie souhaité,

  • les habitudes de l’animal,

  • son suivi vétérinaire,

  • son alimentation,

  • ou encore les dépenses destinées à son entretien.

Cette solution reste toutefois fondée sur la confiance accordée au bénéficiaire.

Car si celui-ci ne respecte pas réellement les volontés du défunt, les contrôles restent limités.


La désignation d’une association de protection animale


Certaines personnes préfèrent transmettre une partie de leur patrimoine à une fondation ou à une association protectrice des animaux.


Plusieurs structures acceptent ainsi :

  • de recueillir les animaux au décès de leur maître,

  • ou de financer leur entretien.


Cette solution est souvent utilisée par les personnes :

  • isolées,

  • sans héritiers proches,

  • ou très attachées au devenir de leurs animaux.


Les limites du système français


Le droit français reste prudent sur ce sujet.

Pourquoi ?Parce qu’accorder directement un patrimoine à un animal poserait des questions très complexes :

  • qui gérerait les fonds ?

  • qui contrôlerait leur utilisation ?

  • comment éviter les abus ?

Le droit français demeure très attaché à l’idée qu’un patrimoine doit appartenir à une personne juridique identifiable.


Le modèle américain du “pet trust”


Dans plusieurs pays anglo-saxons, notamment aux États-Unis, il existe des mécanismes beaucoup plus avancés.

Le plus connu est le “pet trust”.


Concrètement :

  • une somme d’argent est placée dans une structure juridique autonome,

  • un gestionnaire administre les fonds,

  • et l’argent est utilisé exclusivement pour l’entretien de l’animal.

C’est ce type de mécanisme qui a souvent alimenté les fantasmes autour des animaux “millionnaires”.

Certaines célébrités ont ainsi prévu plusieurs millions de dollars pour leurs chiens ou leurs chats.


Une évolution possible du droit français ?


Le sujet progresse régulièrement dans les débats juridiques et universitaires.

L’évolution du statut de l’animal dans notre société pousse de plus en plus de juristes à réfléchir :

  • à une meilleure protection post mortem des animaux domestiques,

  • voire à la création de mécanismes patrimoniaux spécifiques.

Pour l’instant, la France reste toutefois attachée à une approche plus classique du droit des successions.


Ce qu’il faut retenir


Un animal ne peut pas hériter directement en droit français.

Mais il est tout à fait possible d’anticiper son avenir :

  • par testament,

  • par legs avec charges,

  • ou par l’intervention d’associations spécialisées.


L’affaire Choupette aura au moins eu un mérite :rappeler que les animaux occupent désormais une place affective et patrimoniale de plus en plus importante dans les familles.

Et que le droit devra probablement continuer à évoluer pour répondre à cette nouvelle réalité.

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