Peut-on transmettre son patrimoine “comme dans les films américains” ?
- Coralie Daven

- 7 juil.
- 3 min de lecture
Dans les séries américaines, on voit régulièrement une personne organiser sa succession des années à l’avance grâce à un “trust”.
Des biens sont placés entre les mains d’un tiers de confiance. Les enfants recevront l’argent plus tard. Un patrimoine entier peut être géré pendant des décennies selon des règles fixées à l’avance.
En France, beaucoup découvrent alors un mot méconnu : la fiducie.
Et une question revient souvent :peut-on faire la même chose en droit français ?
La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît.

La France connaît bien la notion de “confiance patrimoniale”
Le mot fiducie vient du latin fides, qui signifie la confiance.
Le principe est relativement simple :une personne transfère temporairement des biens à un tiers chargé de les gérer dans un objectif déterminé.
Ce tiers, appelé le fiduciaire :
devient juridiquement propriétaire des biens,
mais ne peut pas les utiliser librement pour lui-même.
Il agit dans une mission précisément encadrée.
La fiducie existe bien en droit français
Contrairement à une idée reçue, la fiducie n’est pas étrangère au droit français.
Elle existe officiellement depuis la loi du 19 février 2007.
Mais son utilisation reste très différente du trust anglo-saxon.
En pratique, la fiducie française sert surtout :
à organiser certaines garanties financières,
à sécuriser des opérations professionnelles,
ou à gérer temporairement certains patrimoines.
Pourquoi le trust américain fascine autant
Le trust permet dans certains pays :
d’organiser une transmission extrêmement souple,
de protéger un patrimoine sur plusieurs générations,
ou encore de prévoir des conditions très précises d’utilisation des biens transmis.
Par exemple :
un enfant ne recevra l’argent qu’à 30 ans,
un bien immobilier restera dans la famille,
ou un capital sera utilisé uniquement pour financer des études.
Le tout sous le contrôle d’un administrateur désigné à l’avance.
En France, cette logique reste très encadrée
Le droit français repose historiquement sur une autre philosophie : protéger les héritiers et garantir la transparence des transmissions.
C’est notamment pour cette raison que la “fiducie transmission” reste interdite aujourd’hui.
Autrement dit :on ne peut pas transférer librement ses biens dans une structure fiduciaire pour organiser sa succession future comme dans certains pays anglo-saxons.
La grande crainte du législateur français
Le sujet est autant fiscal que patrimonial.
Car une fiducie successorale pourrait permettre :
de contourner certaines règles héréditaires,
de rendre les patrimoines moins lisibles,
ou de compliquer le contrôle fiscal.
Le droit français reste donc particulièrement prudent sur cette question.
Cette méfiance est ancienne :la France a toujours voulu éviter les mécanismes patrimoniaux trop opaques.
Pourtant, le débat revient régulièrement
De nombreux professionnels du patrimoine considèrent aujourd’hui qu’une évolution serait utile.
Pourquoi ?Parce que certaines familles recherchent :
davantage de souplesse,
une meilleure protection des proches vulnérables,
ou une transmission mieux encadrée dans le temps.
Le notariat français lui-même a déjà évoqué l’idée d’autoriser une fiducie libéralité :
sous contrôle strict,
avec transparence fiscale,
et obligatoirement par acte notarié.
Mais à ce jour, aucune réforme n’a encore franchi le pas.
La fiducie reste malgré tout un outil puissant
Même sans fonction successorale, la fiducie peut déjà jouer un rôle important :
protection d’actifs,
garanties financières,
organisation patrimoniale,
gestion de situations complexes.
Elle reste cependant un mécanisme très technique, rarement utilisé sans accompagnement juridique spécialisé.
Ce qu’il faut retenir
La France connaît bien la fiducie…mais pas encore la “fiducie successorale” inspirée des trusts américains.
Aujourd’hui :
la fiducie française permet surtout la gestion et la garantie de certains patrimoines,
mais elle ne peut pas servir à transmettre librement son patrimoine à titre gratuit.
Le sujet continue néanmoins d’alimenter les débats patrimoniaux et successoraux.
Car derrière cette question juridique se cache une interrogation beaucoup plus large : jusqu’où peut-on organiser sa succession à l’avance ?



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